Qui a piraté le documentaire interdit par Elizabeth II ?
Qui a piraté le documentaire interdit par Elizabeth II ?
Un hacker a mis la main sur la copie originale de « Royal Family », un documentaire tourné il y a 50 ans pour mettre en scène la famille royale.
Qui est responsable du piratage sur YouTube de l'entièreté du fameux reportage Royal Family de Richard Cawston, diffusé pour la dernière fois en 1972 ? Le « hacker » s'est joué de l'interdiction édictée par la reine, détentrice du copyright, de passer un documentaire qu'elle juge négatif pour l'image de la famille royale.
Non seulement le pirate a infiltré la sécurité du système informatique du Palais et de la BBC, mais surtout il a mis la main sur la version initiale de cent dix minutes non censurée d'un programme qui avait fait date dans l'histoire télévisuelle de la monarchie. La copie originale montre la souveraine en train de traiter l'ambassadeur américain Walter Annenberg de « gorille ». On voit également le monarque payer de sa propre poche une glace destinée à son plus jeune fils Edward en lui lançant : « Cette saleté gluante va souiller la voiture. » Par ailleurs, le prince Charles, héritier au trône, fait du ski nautique le torse nu…
La version finale, diffusée en 1969, exalte la simplicité d'une vie royale en montrant la reine et sa famille au milieu de leurs chevaux et de leurs chiens, ou bien en train de faire cuire des saucisses sur un barbecue en Écosse. Le clan à l'accent trop distingué apparaît toutefois compassé, antipathique et totalement prisonnier, même en vacances, d'un protocole rigide et antédiluvien. La souveraine porte un collier de perles lors d'un pique-nique familial au château de Balmoral ! On ne la voit jamais en train de manger ou de boire.
Elizabeth II a toujours été consciente que l'existence de la monarchie dépend beaucoup de son image publique. C'est pourquoi la reine avait autorisé les caméras à la filmer pendant un an dans ses activités officielles mais également dans sa vie de famille. L'équipe restreinte, qui n'avait compris, outre Cawston, qu'un preneur de son et un caméraman, avait eu toute liberté de mouvement. Le déroulement du tournage a figuré dans la série The Crown de Netflix, qui rend bien la réserve d'une personnalité timide, visiblement mal à l'aise face à l'intrusion des caméras dans sa vie privée.
Vu à l'époque par les deux tiers des sujets, le documentaire gnangnan, truffé d'interminables platitudes flagorneuses, ne sera plus jamais diffusé. L'opération de relations publiques destinée à dépeindre la famille royale telle qu'elle souhaitait qu'on la voie n'a pas eu l'effet recherché : redorer le blason d'une institution qui souffrait – à l'époque – d'une certaine langueur.
Opération transparence
Pourquoi l'interdiction du film depuis près d'un demi-siècle ? Aux yeux de la reine, les Windsor doivent rester un mystère pour préserver la magie de l'institution royale. Elizabeth II estime que le long-métrage contrevient aux préceptes du constitutionnaliste du XIXe siècle Walter Bagehot, pour qui « le respect mythique et l'allégeance religieuse sont les rouages essentiels d'une vraie monarchie ». Pourtant, malgré cet échec, le projet avait marqué la première vraie opération de transparence des Windsor.
Par ailleurs, l'objectif caché du film était d'obtenir une rallonge budgétaire de la dotation royale en vue de compenser l'inflation rampante à l'époque. Vu l'énorme intérêt du public, au Royaume-Uni comme à l'étranger, le gouvernement avait lâché les cordons de la bourse malgré une situation économique difficile.
« Le film n'aurait jamais dû figurer sur YouTube et, dès son apparition, la BBC l'a fait enlever en invoquant le copyright dont bénéficie la reine », a déclaré un porte-parole de Buckingham Palace. Près d'un demi-siècle plus tard, la chasse au « hacker » est lancée.
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